La théorie des coins de stabilisation

À première vue, il est difficile d’imaginer comment la prolifération de l’activité humaine sur l’environnement a été un facteur majeur du changement climatique, étant donné que le changement climatique à lui seul n’est pas nouveau. En deux millions d’années, l’histoire de la Terre a connu d’énormes changements. En effet, au cours des dix mille dernières années, le réchauffement et le refroidissement de la terre se sont produits à une échelle plus grande que celle que nous connaissons aujourd’hui.

Le climat est cependant très changeant de nos jours. Faire de la politique a été la moitié du combat. Malheureusement, la bonne politique a été en partie tenue à l’écart grâce à une bonne connaissance de ce qui se passe au niveau du climat. Les changements climatiques que nous constatons aujourd’hui ne sont le résultat que d’un siècle et demi d’études, ce qui n’est rien en comparaison des énormes changements survenus au cours de l’histoire de la Terre.

La récente conférence des Nations unies sur le changement climatique a cherché à mettre en place une politique pour prendre le relais du protocole de Kyoto. Au cœur de cette politique se trouvaient certains résultats récemment rendus publics :

1. La tendance au réchauffement de la surface de la terre se manifeste depuis le début du XXe siècle. Les dix dernières années ont été les plus chaudes de ce millénaire.

2. Des signes rapides de fonte du cercle arctique ont été observés. La glace de mer y a diminué d’environ 8 % en trente ans.

3. La vieille incohérence des données entre l’augmentation de la température de l’atmosphère et celle de la surface des planètes semble s’être stabilisée. Elles semblent s’élever en parallèle.

4. Le Scripps Institute of Oceanography en Californie a noté que l’océan se réchauffe à différentes profondeurs depuis plus de 65 ans. Ces résultats correspondent aux prévisions selon lesquelles le réchauffement a été davantage induit par les gaz à effet de serre que par de petites modifications de la production de chaleur du soleil.

5. On a observé et enregistré un lien entre la température de la surface de la mer et la fréquence et l’intensité des tempêtes tropicales, des typhons et des ouragans.

6. Les modèles informatiques existants de l’évolution des courants océaniques, en particulier dans l’Atlantique Nord, sont corrects.

Il reste cependant quelques inconnues. Par exemple, on sait maintenant que l’hypothèse solaire contribue moins à l’évolution de la situation, les minuscules changements dans la production de chaleur du soleil au cours de son cycle de onze ans s’ajoutant au mélange. De plus, les émissions d’aérosols provenant de combustibles sulfureux favorisent la formation de nuages, et par conséquent la lumière solaire réfléchie par la surface de la terre augmente, ce qui s’oppose efficacement à l’effet de serre.

Certains vont même jusqu’à défendre les avantages du réchauffement climatique, qui comprennent par exemple l’ouverture de nouvelles voies de navigation dans l’Arctique à mesure que la glace recule, de nouvelles possibilités de forage pétrolier et des périodes de récolte plus longues au Canada et en Russie.

Il semble que le changement climatique soit inévitable et que les petites idées économiques comme l’interdiction des subventions au charbon ne portent guère de fruits comme moyen d’endiguer le problème. Plus que jamais, il faut d’abord faire preuve de volonté politique pour montrer à l’industrie et aux populations qu’il s’agit même d’un problème. Plus important encore peut-être, la volonté des hommes politiques doit être satisfaite par des méthodes réalisables de la part de la communauté technologique et scientifique.

Le professeur Socolow ouvre la voie avec ce qu’il appelle les coins de stabilisation. Sur un graphique du changement climatique, l’espace entre la ligne de tendance et la ligne de stabilité est connu sous le nom de triangle de stabilisation. En divisant ces triangles en coins et en assignant des objectifs réalistes à chaque coin, on donne au problème massif une solution utilisable et efficace.

Les objectifs à assigner aux coins vont d’une plus grande efficacité globale à la décarbonisation de l’électricité, en passant par le remplacement du combustible par de l’électricité à faible teneur en carbone, la gestion du méthane et les puits de carbone naturels.

En subdivisant davantage chaque coin en sous-coins, comme l’électricité décarbonisée qui est subdivisée en énergie nucléaire, en énergie renouvelable, en gaz naturel comme alternative au charbon et en stockage du dioxyde de carbone, ces problèmes sont confondus avec ce que tout le monde recherche. Une courte liste de solutions qui, ensemble, permettront d’équilibrer le problème.

Il semble que la technologie pour tout cela existe. Elle a simplement besoin d’être affinée. Par exemple, la gestion du dioxyde de carbone provenant de la combustion de combustibles fossiles pourrait être traitée par une séquestration supplémentaire du carbone. Quelques centrales électriques utilisent déjà cette technique particulière à bon escient. Le dioxyde de carbone est extrait à la source et est injecté dans des roches poreuses en profondeur pour éviter qu’il ne s’échappe dans l’atmosphère.

Le reformage à la vapeur est une autre technique. Il s’agit essentiellement d’une technique préventive qui fait réagir le combustible utilisé avec l’eau pour produire de l’hydrogène. La production d’hydrogène est brûlée pour créer de l’électricité.

De toutes les possibilités de retravailler et d’inventer des technologies, la meilleure idée est peut-être la plus ancienne. Les programmes de replantation. L’idée de la photosynthèse pour combiner le dioxyde de carbone avec l’eau et la lumière du soleil est une idée relativement bon marché et exponentielle et serait extrêmement efficace.